Aucun autre cinéma n’a peut-être autant épousé la réalité sociale et politique d’un pays que le cinéma italien. Au point qu’on peut lire l’histoire de l’Italie à travers les films : fascisme, ruines de l’après-guerre, « miracle italien », années de plomb, chaque fois les cinéastes ont su faire coïncider esthétique et histoire en déclinant le mot « réalisme » sous toutes ses formes. Leur réalisme, leur rapport à la réalité objective, expriment le drame de l’homme universel confronté aux forces sociales et historiques qui le dépassent et sur lesquelles il tente désespérément d’avoir prise. « Nous voulions changer le monde et c’est le monde qui nous a changés » s’écrie un des protagonistes de Nous nous sommes tant aimés d’Ettore Scola. Constat d’échec et une possible explication à la mise en crise du cinéma italien par la télévision berlusconienne.
Néoréalisme (Roberto Rossellini et Vittorio de Sica) : la vie quotidienne des gens s’invite sur les écrans, au point qu’on remplace parfois les acteurs par des amateurs jouant leur propre rôle social (pêcheurs, ouvriers, mendiants...). Plus qu’un nouveau style, c’est toute une philosophie politique qu’on va mettre en scène.
Réalisme onirique (Federico Fellini) : le premier à constater les limites du néoréalisme de ses débuts, il exprime la réalité par des allégories en plongeant dans l’inconscient et le souvenir. Fasciné par le regard de l’innocence et de l’enfance face à la corruption du monde.
Réalisme psychologique (Michelangelo Antonioni) : comme le théâtre de l’absurde dont il est contemporain, il exprime l’incommunicabilité entre les êtres. L’art populaire par excellence qu’est le cinéma chargé d’exprimer l’enfermement en soi !
Réalisme historique (Luchino Visconti) : compagnon de route du Parti communiste, ce grand aristocrate réfléchit sur l’histoire européenne au moyen de grandes fresques luxueuses. Sa grande leçon exprimée par le personnage d’Alain Delon dans Le Guépard : « Il faut que tout change pour que rien ne change ! »
Réalisme satirique : Comédie à l’Italienne (Mario Monicelli, Dino Risi, Ettore Scola) : tourner en dérision les problèmes sociaux ou personnels. Les destins individuels, parfois pitoyables, expriment toutes les contradictions d’une Italie qui se met à distance d’elle-même pour mieux dénoncer ses travers collectifs ou individuels.
Réalisme social et politique (Francesco Rosi et Elio Petri) : une spécialité italienne ! Francesco Rossi dénonce le terrorisme et ses soutiens politiques, le passé mussolinien, l’influence de la maffia dans la politique etc. Au centre de tout : l’homme. Un cinéma profondément politique qui se veut humaniste.
Pas de cinéma sans...images ! A chacune de ses conférences, Bruno Streiff présentera et commentera de nombreux extraits de films.
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